Samedi nuit 5 août 2000
Dimanche 6 août 2000
Etat de l'UTAH


 

Mexican Hat
 


 
 
   Sur la carte, à quelque dizaines de miles, Mexican Hat, un minuscule point que nous atteignons une bonne demi-heure plus tard, après une descente vertigineuse par une route accidentée au cœur de ce qui pourrait être des cratères de feu. La nuit est presque tombée.



   Les deux motels sont pleins, reste une seule cabin dans le camping (« RV Park » ou parc à camping cars), elle est pour nous. Minuscule caravane climatisée et très propre, petite maison en bois, au bord du canyon où coule en contrebas, bien maigre en cet endroit, le Colorado.  Elle nous offre un havre inespéré. L’impression d’être des pionniers dans ce minuscule habitat de fortune, mais comme souvent depuis notre vagabondage à travers les USA, remarquablement équipé. L’impression d’être dans un film nous préparant au campement pour la nuit dans cette chaleur enveloppante et dans cet univers dépeuplé, accroché au bord du canyon qui s’enflamme soudain dans la lumière crépusculaire.
 

   Oasis
 
   Mexican Hat est un lieudit sur la route 163, une oasis en pleine fournaise. De part et d'autre de l'asphalte brûlé, deux ou trois motels, une station service, le RV Park où se trouvent les cabins et une laverie automatique, un petit restau et une cabine téléphonique. Et c'est tout. Le nécessaire et le suffisant.
 
   Nous allons jusqu’au restaurant, pratiquement sur la route où personne ne passe. Nous nous installons sur un banc en bois, attablés à une épaisse table grossièrement équarrie. De délicieuses odeurs de steak flottent ce qui aiguise notre appétit.



 
   Le maître des lieux, un sexagénaire aux cheveux blancs sous un stetson clair, digne, élégant, stoïque, procède très consciencieusement à la cuisson de la viande, sur un gril-balançoire de sa confection, léché par les flammes et remonté par un système de contre-poids : artisanal et efficace. Aux tables on parle un peu toutes les langues, sauf peut-être l'anglais... La nuit est tiède et les steacks américains, c'est-à-dire généreux, épais, tendres et très goûteux. Il ne manque ici que les chevaux qui pourraient être attachés aux rondins de bois au bord de la route.
 
   Sommeil réparateur dans notre cabane de poupée, 6 mètres-carrés bien pesé, tout confort, y compris la clim.
 


6 août, 7 h., Mexican Hat, Utah.


 
 
   Pêche écolo
 
   Tôt ce matin, brin de causette avec notre voisin de cabane, Don, un grand et doux jeune homme, la trentaine passée, chercheur à l'université d'Albuquerque. Sa mission consiste à prélever des alevins d'espèces en voie de disparition dans le lit famélique du Colorado qui coule juste au bout du RV Park. Il est là pour quelques jours avec un pick-up administratif qu'il remplira de flacons mystérieux numérotés. Une fois sa pêche terminée, il retournera s'enfermer dans son labo pour l'exploiter. Solitaire et tranquille, mais avenant, comme souvent par ici.
 


 
   La laverie n'a plus de toit. Sa patronne, qui est aussi celle du park, nous explique qu'il est parti avec la dernière tornade, la semaine dernière. Modernité, mais aussi précarité permanente face aux éléments.
 
   Sur la route qui nous éloigne de ce chapeau mexicain si hospitalier, un panneau : « Mettre sa ceinture, c'est la loi Navajo ». Comment font-ils à cheval ?


   Nous refaisons la route en sens inverse. Le spectacle est plus étrangement lunaire dans les teintes bleutées du petit matin. Les terres sont aussi plus rousses mais l’impression d’échelle cosmique est toujours là. Ce matin, je me sens davantage habitée par les grands mythes indiens. Je comprends aussi combien ils désiraient lutter pour garder leur territoire où les manades d’appaloosas et de mustangs galopaient librement. Pourtant, mis à part la route, souvent si rectiligne qu’on finit par l’oublier, les espaces sont restés quasiment vierges.



Monument Valley photos                                                                                                                                                          Mexican Hat photos