Lundi 7 août 2000
Etats du NEVADA et de CALIFORNIE


 

Death valley
Zabriskie Point




 



   Sous le soleil du matin et jetée au beau milieu de cette plaine désertique, Las Vegas ne vaut pas un clou ! C’est une ville qui ne supporte que la nuit et ses néons multicolores. Ces répliques de monuments célèbres, cette zarzuela architecturale ne présentent aucun intérêt sous la lumière crue du désert. On se croirait dans un vaste chantier pour décors de cinéma : plus d’illusions, plus de mystère, plus de fantasmagorie. Leaving Las Vegas, la vraie vie est ailleurs.


 


 

   Il est donc curieux de quitter cette ville posée là comme la fleur sur le chardon ou sur le cactus géant. Dès qu’on s’éloigne du cœur flambant et verdoyant de la cité, ce sont le désert sec, les terres poussiéreuses où rien ne pousse, la roche à nu, la chaleur infernale.
   Nous allons quitter la Nevada pour entrer en Californie par Death Valley, la Vallée de la Mort. Un dernier village, quelques rares maisons, un camping, une piscine d’eau de source et nous pénétrons dans un univers lunaire.


 


 
   Je n’ai jamais vu un tel désert ! Des roches chauffées à blanc pendant des miles et des miles, pas une herbe, pas un arbre mais de stupéfiantes concrétions et un paysage très accidenté à tel point que la grosse Buick chauffe dans les montées et que ses freins sont mis à mal dans les descentes. D’ailleurs le long du parcours sont prévues des citernes d’eau non potable pour alimenter les véhicules. Il ne s’agit pas de tomber en panne !

 
 
 
 
 
7 août, 12 h., Zabriskie Point
 
   Antonioni
 
   De tous les films du maître italien du silence, Zabriskie Point est le seul que je n'ai vu qu'une seule fois, lors de sa sortie. C'est dire s'il ne m'en reste que peu de souvenirs. II y avait une histoire de jeunes gens, un avion, un accident, je crois, mais rien d'autre, et encore peut-être l'ai-je rêvé ?

 
 

   Zabriskie Point, un chaos rocheux blanc et ocre, un paysage tourmenté où la terre souffre, crevassée, griffée, épuisée par la chaleur torride. En sortant de la voiture, nous sommes happés par une terrible langue de feu (plus de 50 degrés) et je me souviens alors de l’atmosphère du film qui m’avait tant impressionnée lorsque j’étais enfant : Voyage au bout de la terre.


 
 
 


 
   La même impression d’étouffement et je m’attends à voir surgir des iguanes géants claquant leur langue effilée sur la roche livide. Il fait si chaud que mon corps se met à frissonner des pieds à la tête et mes mollets se figent dans la chaleur vibrante. Quasiment une sensation de petite mort et nous imaginons l’angoisse métaphysique qui s’empara des premiers pionniers qui s’étaient aventurés dans de telles contrées. Cependant, l’endroit est fascinant de beauté parce qu’il évoque un des extrêmes de la vie humaine. 
 
 

   N'empêche, ce foutu tas de rochers au beau milieu de la Vallée de la mort, plus sec et désolé que tout ce qu'on venait de traverser, et c'est pas peu dire, a quelque chose de mystique. Qu'on ait donné à ce lieu de nulle part le nom d'un valeureux serviteur de l'industrie américaine, quelle qu'en ait été sa valeur, me semble un contresens. Rien ici n'évoque le travail de l'homme, tout y appelle la divagation, le rêve, fût-il cauchemar, c'est à dire le cinéma. Je le rebaptiserais bien « Antonioni Point ». Ca m'étonnerait que ça passe.


 
 
 
 
   Un point géographique de Death Valley est en-dessous du  niveau de la mer et l’on perçoit ici et là de vastes étendues de sel et quelques miles plus loin un vrai morceau de Sahara tourmenté par d’invisibles tornades.

 
 

   Le voyage est prenant et une fois de plus nous laisse perplexes sur ce que nous entendons par Amérique. Quel documentaire américain présente à l’Europe cette face inconnue du pays ? Aucun, à notre connaissance sur les chaînes publiques et aux heures de grande écoute. Pourquoi toujours véhiculer la même image des States.


 






 
 
   Les sempiternelles séries ne renvoient qu’un miroir déformé ou au mieux tronqué de ce surprenant pays, s’attachant à l’urbanité des grandes cités soit pour en montrer les tares et les crimes soit pour en vanter les stars du show-biz ou du sport.
 
 

   Or, montrer cette Amérique des contrastes tant dans les paysages que dans les modes de vie aurait un réel intérêt spectaculaire.


 



 
L’Amérique aurait-elle peur ou honte de ses campagnes ?




 

Itinéraire 15                                                                                                      Lundi journée 7 août 2000