Portraits de Grèce



 
 
Migrer, toujours migrer
 
Dans un mini-market, tard le soir, en attendant les journaux français. Trois hommes, qui « ne semblent pas d’ici », discutent autour de l’étal des fruits. Ils ne parlent pas grec mais roumain. Les deux plus jeunes ont la trentaine, le troisième, la quarantaine. Plutôt gringalet, le visage émacié, l’aîné tient dans ses bras un nourrisson de huit mois à peine. Il a l’air si heureux. Au bout d’un moment, il le rend à son père qui prend congé, bronzé, la frange sur le front d’un visage enfantin. La discussion se poursuit à deux.











Il est arrivé avec vingt autres jeunes Roumains il y a un an, clandestinement, sans visa, travaille au mini-market, les autres dans des restaurants ou dans le bâtiment. Pour régulariser leur situation, ils vont de galère en galère administrative, de Milos, la mairie, à Syros, la préfecture des Cyclades, et toujours pas de carte verte. En Roumanie, il avait un bon job, technicien, mais gagnait une misère, à peine 100 $ par mois. C’est pour ça qu’il est parti, seul. Il est marié et a une fille de 12 ans, pense faire venir sa femme avec beaucoup de chance et de patience, mais pas sa fille, parce qu’ici « l’école est mauvaise ». Sur l’île, c’est plutôt dur, pas d’amis, les problèmes de langue. Avec les Grecs, c’est une fois « pas terrible », une fois
« OK ».



Page 3                                                                                                         Page 5


 



Créer un site
Créer un site