SI J’AVAIS MARIE UN  GREC …
 
 
« Tu fleurais les meilleurs jasmins
Les roses jalousaient ta joue
Avec tes deux petites mains
Tu m’as tout inondé de boue »

 
Charles Cros
Le collier de griffes


 
Les tamaris de la plage se balançaient doucement dans l’air tiède et léger du meltimi. Elles s’installèrent à une table recouverte d’une nappe à carreaux bleus et blancs, à l’ombre des fines ramures. Iannis était le patron du Poulpe « Octopus », ce restaurant familial où l’on pouvait savourer de l’excellente cuisine grecque. Jeanne, qui vivait depuis de longues années sur l’île, présenta son ami à Charlotte.
C’était un homme de taille moyenne aux cheveux châtains et aux yeux d’un bleu très profond où se mêlaient curieusement le grave et le léger. L’émotion affleurait au-delà de l’effusion affable et l’on sentait une fêlure dans cet être qui s’agitait au-dessus de son grill à poisson pour satisfaire le client. Aujourd’hui pourtant, il était presque joyeux. Jeanne suivit ce qui le distrayait de temps à autre de son travail de cuisson. 
Son regard se déporta légèrement sur la gauche là où l'écume venait pétiller sur le sable : des enfants jouaient avec l'onde claire, leurs petits corps s'ébattant joyeusement comme des mouettes sur les roulis légers des vagues. Elle remarqua deux fillettes aux longs cheveux blonds presque blancs, à la peau très claire, potelées dans leur maillot rose tendre pour l'une et vert d'eau pour l'autre. L'aînée ne devait pas avoir plus de dix ans et la cadette deux ans de moins. Iannis portait son regard sur ces deux enfants là. Il était heureux.




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