Elle eut envie de refaire le tour complet de l’île : appétit des paysages sauvages, des villages isolés dans la montagne, haltes dans les anis le long de la côte sauvage où erraient primesautières les chèvres, inspirations profondes dans les champs d’oliviers et sous les pins poissés de résine, stations prolongées sur les promontoires de l’ouest où déclinait le soleil. Elle arriva à la citadelle à la nuit tombée, heureuse de sentir les fumets des plats qui s’exhalaient des terrasses encore garnies et ravie de hanter cette vie urbaine, déambulant lentement dans les ruelles faiblement éclairées pour admirer encore la puissance massive de l’architecture des Templiers. 
Beaucoup auraient dit, en la voyant reprendre l’avion au petit matin, et diront à son retour « Les vacances, c’est fini ! ». Phrase banale qui la fait bien évidemment sourire aujourd’hui. Rien n’est justement fini et tout continue puisque pour elle, désormais les vacances, c’est tous les jours.




A quoi bon s’échiner davantage quand le travail devient fastidieux, peu gratifiant et sans perspective si ce n’est celle d’une quasi régression aux premières années d’emploi. Elle n’eut plus envie de jouer le jeu d’une activité qui multipliait les contraintes, les obligations stériles et les déplacements inutiles et épuisants. Elle s’était donc mise à la retraite anticipée avec un réel plaisir, optant pour la complète liberté de composer le dernier quart temps de son existence. Cette décision en surprit plus d’un. « Tu t’ennuiera », dirent les uns, « financièrement, cela va te coûter et tu regretteras ton plein salaire», dirent les autres. D’aucuns se demandaient ce qu’elle pourrait bien faire pour « meubler tout ce vide », « cette absence de repères », employant ainsi leurs expressions favorites et bien communément partagées.













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