ALLER SIMPLE
 
« L’amour avait fait de moi la cible où court la flèche,
m’a fait neige au soleil, cire au contact du feu,
et brume dans le vent. »
Pétrarque
Canzoniere

 


 
 









Aurélia n’avait pas de montre, comme d’habitude. A quoi bon vouloir mesurer le temps quand il vous est forcément compté ! Elle était incapable de savoir combien d’années s’étaient réellement écoulées. C’était comme aplati et l’âge n’avait pas de sens. Ce n’était même pas une question de forces qui déclineraient ou de cheveux qui blanchiraient : elle ne voyait rien de spécial dans cette linéarité et sans dates elle défiait quiconque de se repérer dans cette course saugrenue. Pas de montre donc, mais une perception aiguë d’un flux rapide, trop rapide des choses et des êtres. Une gigantesque glissade comme lorsque la luge vous emporte au milieu d’un paysage splendide mais irrémédiablement pentu !




Il fallait partir, se décider, prendre la route. Il faisait très doux ; la nuit subtilement démêlait ses effluves de mimosa en fleurs et de sève de pin nouvelle. Qu’attendait-elle ? Rien ou plutôt tout et tout de suite. Elle prit sa voiture et se dirigea jusqu’au port. Ca sentait les anchois et la poix, les barques gîtaient, quelques lamparos clignotaient au loin. Elle respira ce bon air marin : elle aimait la mer mais elle la quitterait sans regrets. Elle remonta dans son automobile, mit le contact et la radio et s’engagea sur la route de la corniche. Elle fit signe à la lune et piqua droit vers le nord.





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