Elle adorait tailler la route, se laissait aller au ronronnement de gros chat du véhicule, glissant dans l’épaisseur de la nuit comme la lame dans la soie noire. Elle ne doubla que des poids lourds, longue colonne de lumignons rouges, étirée sur l’asphalte, luisante comme une guirlande de Noël. Et le jeu était toujours le même : une fois qu’elle les avait dépassés, ils la flashaient de clins d’œil géants, illuminant la nuit de la gerbe de leurs désirs, eux qui, depuis des heures, fixaient la route, toujours plus loin. C’était dans leur solitude comme une caresse gratuite, une sorte d’hommage des nouveaux chevaliers à la croisée des chemins.




Elle s’arrêta sur une aire pour prendre un bon café et grignoter un sandwich au saumon. Elle était encore loin du but et elle voulait rester en forme. Il n’y avait quasiment personne à l’intérieur.  Elle s’accouda à une table haute et prit son temps. Elle repensa aux années écoulées comme à ces vieux fatras qu’on abandonne sans regrets dans les greniers et se demanda bien pourquoi elle avait tant attendu pour prendre sa décision. L’Andalousie lascive l’avait accueillie, seule, après une errance de plusieurs jours à travers les terres espagnoles. C’était en plein mois de juillet : elle avait quitté Paris dès la fin juin après l’avoir revu.





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