CONFIDENCES
 
« Aucun mortel ne traverse intact sa vie sans payer. »
 
Eschyle 525-456 av.J-C
Prométhée enchaîné


 

Après la sieste salutaire qu’elles avaient particulièrement appréciée dans la fraîcheur de la maison, les deux amies partirent par la petite plage de la crique pour regagner, par l’étroit  chemin rocailleux qui surplombe la mer, le monastère. Cette promenade avait un charme particulier. L’air était saturé des herbes odoriférantes qui poussaient à la diable sur les maigres portions de terre au milieu de la rocaille et le point de vue, en grimpant, se découvrait, splendide. La baie de Chrisopigi, où s’épanouissaient les tamaris et les eucalyptus, se terminait par un promontoire schisteux où les moines avaient édifié une chapelle flanquée de quelques chambres en aplomb sur les flots. Une étrange sérénité habitait ce lieu entre ciel et mer et la sobre beauté qui s’en dégageait ne lassait pas la contemplation.   

Il faisait encore chaud bien que le jour fût avancé. Les premiers éclats enflammés du crépuscule tailladaient la vaste nappe bleue du ciel. On eût dit que Phaéton sortait d’un banquet trop arrosé et que son char fou renversait sur son passage les amphores encore pleines et diaprées de Dionysos. Bientôt le cosmos serait un somptueux lupanar oriental avant que n’expire, sur le sein de Thétis, ce Sardanapale solaire, las de sa course divine. Les deux femmes, silencieuses, s’abîmèrent dans cette gigantesque peinture éphémère. L’ombre gagna, imperceptiblement. Les pieds nus dans le sable, adossées à une barque, elles regardèrent les étoiles qui s’ouvraient une à une comme des crocus. Derrière elles,  dans  les tamaris une guirlande d’ampoules multicolores s’alluma. Alors s ‘éleva, douce et mélancolique, la plainte de Paloma.





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