LES ILES D’HERA
 
« Le mortier des soucis quotidiens s’effritait,
les heures de sa vie, privées de joint,
s’écroulaient les unes après les autres. »

 
Robert Musil
Les désarrois de l’élève Toerless. 1906


 
 




Le chemin devint plus pierreux, plus sec, mais le paysage des champs grecs étaient d’une poignante beauté : des dégradés d’ocre, de paille et de roux, les feuillages  vaporeux et bleutés des oliviers, le brun chaud des schistes des murets, le blanc convulsif de quelque église solitaire au milieu du rien, arrondissant un dôme d’un bleu de cobalt insolent et intense, les touches de carmin des tomates et le vert Velasquez des vignes fécondes. Et la rencontre sonore avec le froufroutement du meltimi dans les buissons odoriférants, avec le furieux crépitement  des cigales et par intermittence l’écho marin dans les échancrures de la côte. Et cette chaleur sensuelle sur la peau nue lutinant avec le déplacement de l’air.
Elle grimpa sur quelques kilomètres de caillasses énormes dans la poussière rouge de la terre jusqu’en haut d’une colline qui dominait. Une solitude totale, suspendue entre mer et ciel, pour ce petit monastère d’Agios Simeon. Et quelle vue sur le port de Kamarès, là-bas tout au fond de l’immense baie.  Ce qui fascinait, c’étaient les tons de la mer vus de si haut. Les eaux qui baignaient la côte d’un turquoise pur et translucide se mariaient à celles d’un marine profond qui filaient jusqu’à la ligne d’horizon devenue noire. Les paquebots qui s’approchaient du port taillaient de vastes dentelles d’écume d’un blanc éblouissant tandis que ceux qui s’en éloignaient plissaient la surface liquide d’un somptueux drapé antique jeté sur le corps de Thétis.


















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