Face à elle, dans l’immense échancrure naturelle de deux collines la mer s’offrait, vierge, d’un bleu impudique et profond, laque immobile à cette heure du zénith. Des friches dorées où musardaient des chèvres s’étageaient, alternant avec les terres couvertes de blés mûrs et les rares lambeaux où croissaient des oliviers. Un paysage antique où elle imaginait aisément quelque berger ou Pan jouant du chalumeau.
Elle ne fut pas plus tôt installée qu’une musique magnifique, jaillie d’elle ne savait où, comme une symphonie cosmique destinée à elle seule, s’épanouit en grappes sonores soufflées par un instrument à vent qu’elle ne reconnaissait pas. C’était prenant et elle se sentit prise d’émotion : un rare équilibre entre la sérénité et les larmes. La musique se fit plus ample encore, envahissant le spectacle déjà bouleversant de cette nature grecque qui s’offrait à elle sans retenue. Un indicible ravissement de l’âme s’empara d’elle au point qu’elle ne vit pas arriver la jeune femme brune qui se penchait vers elle.  
Dans un curieux sabir de grec et d’anglais elles parvinrent à se comprendre. Pour la première fois, depuis qu’elle avait débarqué, elle se risquait à mettre en pratique son grec. Elle commanda un tzatziki, des côtelettes d’agneau au grill accompagnées d’une purée d’oignons, le tout arrosé d’un pichet de vin blanc frais. Elle était la seule cliente de ce restaurant perdu et cela ne manquait pas de charme. « Venez avec moi », lui dit Kléoniki, son hôtesse. Celle-ci l’entraîna jusqu’au bout du terrain, tout près d’une petite maison qui ressemblait à une cabine de barque catalane. C’était en plein air, la cuisine qu’avait fabriquée et que tenait son mari Mixalis, le cuisinier.













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