SUR LE QUAI…
 
« Mon opinion est qu’il se faut prêter à autrui et ne se donner qu’à soi-même »
Montaigne
Essais, III, 10




















22 heures. Le dernier client achevait de payer avec sa carte bleue. Le supermarché se vidait ; progressivement le brouhaha s’estompait. Laura venait de fermer sa caisse. C’est avec soulagement et presque un certain plaisir qu’elle nettoya le tapis roulant et qu’elle rangea les quelques sacs qui traînaient encore  pêle-mêle. Elle quitta le caisson où ses jambes avaient été prisonnières pendant des heures ; elle se détendit d’un coup. 22 heures 30, Laura était en vacances. Elle se dirigea vers les vestiaires du personnel.
Elle quitta avec satisfaction l’uniforme peu seyant dont elle se vêtait chaque jour – le règlement sur ce point était très strict – et surtout abandonna la paire de chaussures laides au fond de son casier. Elle remonta la fermeture éclair de sa petite jupe noire en strech, enfila un tee-shirt en lycra brillant de la même couleur et glissa son pied dans une chaussure d’été à talons hauts largement échancrée et dont une lanière fine lui ceignait la cheville. D’un geste expert, elle dessina le contour de son œil à l’eye-liner, recourba ses cils au mascara noir et laissa retomber généreusement ses cheveux sur ses épaules. L’image de la caissière anodine s’évanouissait dans la glace carrée au-dessus du lavabo et la belle Laura prenait sa place.











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