EN TRAIN
 
« Que vos étés se fleurissent
Dans votre pays là-bas,
Aux senteurs odorantes
   D’une fleur de mimosa… »

 
Barbara
Rémusat (1973)
 

 
 












A peine assise dans le compartiment surchauffé, Myriam s’était mise à discuter avec Marie-Lou, une femme qui avait la trentaine, les cheveux rouges, la bouche sen­suelle et des hanches mauresques à vous flanquer des envies irrésistibles de danse du ventre. Elle lui raconta qu’elle avait quitté Pigalle pour quelques jours. Elle avait besoin de souffler après un mois de septembre plutôt chaud. Les Japonais cette année avaient été de sacrés noctam­bules ! Marie-Lou avait bien donné de sa per­sonne et elle s’octroyait des vacances, rêvant depuis des semaines de moules-frites et de gueuze.






Elle la quitta quelques instants pour aller fu­mer tranquillement une cigarette dans le couloir. Elle aimait cet endroit à la fois désert et passager. C’était le lieu du hasard.  En re­gardant par les fenêtres le défilement des terres, on saisissait fugitivement des scènes hétéroclites qui mises bout à bout écrivaient une curieuse histoire qu’elle s’amusait à re­composer à l’infini, s’imaginant des vies suc­cessives ou parallèles dans ce qui n’avait été qu’une fraction de regard. En croisant les yeux de ceux qui passaient vers elle en la frôlant alors qu’elle était accoudée à la barre glacée de la vitre, elle humait un parfum, une odeur de peau à partir desquels elle brodait une re­lation. C’était un jeu qui l’avait toujours amu­sée et qui peuplait le voyage d’aventures fantasques.


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